Chorale ZAP' L D'AIR

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Yvonne George: le tragique dans la voix






Yvonne George est belge (Yvonne de Knops), née à Bruxelles en 1896 et où elle est découverte dans un cabaret par Paul Franck, le directeur de l'Olympia. Elle y chantait deux chansons de marin ("Nous irons à Valparaiso" / "Goodbye Farewell") dont les refrains provoquaient déjà la controverse car ils n'étaient pas du goût du public. Paul Franck la propulse à Paris, sur la scène de l'Olympia, où très vite elle se fait huer. Dès lors sa carrière sera difficile...



Yvonne George est un cas à part dans la chanson réaliste.
La première ?

Pourquoi ?
Son chant est celui d'une tragédienne. Elle accentue fièvreusement le moindre point de noirceur d'une chanson. La couleur des mots est identique à celle des mots qu'une tragédienne déclamait dans un théâtre à cette époque c'est à dire grave, passionnée et emphatique. Chaque chanson est un petit tableau vivant où les destins des personnages se démênent en public avec leurs sentiments directs et sans fard. La voix d'Yvonne George n'est pas extraordinaire; un filet de voix tout simplement mais elle sait en user avec audace, tantôt plaintive et suppliante ou érotique comme une femme prête à tout endurer par amour et tantôt vive, acide, ironique et haut perchée, cruelle et déterminée. Souvent elle parle ou murmure ou se moque et puis ose s'affirmer comme libre de tout dire. Yvonne George donne chair aux mots et les rend incandescents à la limite de la pudeur: une perception artistique qui plaît beaucoup au Surréalisme, l'Ecole artistique de l'époque. Il suffit d'écouter "Pars", "je te veux", "Le petit bossu" ou les "Cloches de Nantes" qui est un traditionnel français et pour lequel Yvonne George redonne une dimension tragique en interprétant les personnages en changeant de voix et de tempo, l'histoire est si palpable qu'on la croirait se dérouler sous nos yeux (écoute plus bas)



Mais Yvonne George c'est aussi un physique; le genre garçonne avec les cheveux courts gominés et ramenés en arrière. Les yeux fortement soulignés de noir à l'image des vedettes du cinéma muet de l'époque pour créer un regard hypnotique.
Sur scène son corps mince habillé de noir semblait tenir debout comme par miracle ce qui fit dire à Cocteau que c'est "une ombre qui s'accroche au rideau de la scène pour ne pas tomber".
 Evidemment une telle attitude sur scène avec l'art de la déclamation et des chansons traditionnelles au répertoire fut loin de ravir la "grande diseuse fin de siècle": Yvette Guilbert, qui le fit d'ailleurs savoir à Yvonne George. Il n'y a rien de commun entre ces 2 dames sinon le texte car Yvette Guilbert savait l'art du chanter/parler pour raconter l'histoire d'une chanson comme une conteuse. Yvonne George chantait, vivait et souffrait la chanson
.

Malgré l'incompréhension du public Yvonne George s'était fait quelques admirateurs parmi les intellectuels de Montparnasse comme Cocteau, Carco, Foujita, Van Dongen, Jeanson et Robert Desnos. Ce dernier, de 3 ans son cadet, écrira des poèmes dont le "J'ai tant rêvé de toi" *. Elle sera sa muse et son premier amour qui hélàs restera à jamais platonique car Yvonne George lui préférait les plaisirs de Lesbos.
Pourtant elle l'initiera aux moëlleux des coussins des fumeries d'opium. Et c'est pendant la période de son attachement à Yvonne George que Desnos aura maille à partir avec la justice avec la parution de son ouvrage "La liberté ou l'amour"  qui fut jugé et condamné pour obscènité.
Une partie du public bien pensant, bourgeois et réactionnaire, reproche à Yvonne George sa vie moderne émancipée - comme celles de Youki, Kiki de Montparnasse, Coco Chanel et tant d'autres figures du pré-féminisme - et son goût pour les intellectuels (les Surréalistes) pour qui elle tiendra salon chez elle à Neuilly.

 
Robert Desnos

À force de faire entendre sa différence Yvonne George parviendra à se faire apprécier d'un plus grand nombre mais le temps lui était déjà compté. Comme Fréhel et d'autres chanteuses qui vivaient littéralement le mal de leur chanson, elle se droguait à l'opium et à  la cocaïne et buvait beaucoup d'alcool pour accompagner sa vie libre mais solitaire. Comble de malchance la tuberculose affecta aussi son corps affaiblit. Elle entreprit plusieurs cures de désintoxication et des séjours en sanatorium mais trop atteinte et sans vraie volonté Yvonne George s'éteignit en 1920, seule, dans la chambre d'un hôtel du port de Gênes, en Italie. La légende veut que Desnos était présent et la veillait jusqu'à son dernier souffle.

Sur plus de 200 chansons interprétées par Yvonne George seules 16 d'entre elles ont été enregistrées.

           

Yvonne George n'est pas une célébrité comme Damia ou Fréhel, mais elle a su néanmoins et en très peu de temps, imprimer un style précis (vêtement, attitude, diction, répertoire) qui a inspiré des chanteuses sombres comme Barbara, Catherine Sauvage, Cora Vaucaire et même Brigitte Fontaine à ses débuts.
 



Lecteur audio: appuyer pour écouter


Video de la chanson "Pars"

    
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                           qui propose l'écoute de "Les cloches de Nantes"                               

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                                        à un site internet qui permet des
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06/10/2008
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