Chorale ZAP' L D'AIR

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VIVA VERDI !

 

  VIVA VERDI!  

 

 

 

Le 12 mars 2011 la chaîne de télévision franco-allemande ARTE retransmettait en direct de l'opéra de Rome la représentation de l'opéra de Verdi "Nabucco".

 

C'était la célébration des 150 ans de la création de cette oeuvre née en 1861. Année également de l'unité italienne!

 

"Nabucco" est un opéra qui tire son argument d'un épisode biblique: l'oppression des esclaves juifs dans la grande Babylone.

Un peu d'histoire ne nuit pas

Il y a 150 ans l'Italie n'existait pas. Elle n'était qu'un concept artistique.

À cette époque la conscience politique des "italiens" donna naissance à des envies de liberté sous la forme d'un mouvement politique clandestin et résistant, le Risorgimento (la Renaissance). L'opéra de Verdi, "Nabucco", prit l'affiche à point nommé. Le chant choral des esclaves juifs opprimés, "Va pensiero", devint alors l'hymne officieux de tous ceux qui résistaient à l'autoritaire occupant autrichien ou à la soumission tentaculaire pontificale. Ils couvraient les murs du fameux grafitti "VIVA VERDI". Ce n'était pas uniquement un hommage au compositeur mais c'était aussi un appel maquillé pour l'avenir car "Viva VERDI" signifiait également: Viva Vittorio Emanuele Re D‘Italia (Vive Victor-Emmanuel Roi D’Italie). Victor Emmanuel II de Savoie, roi de Sardaigne, régnait sur un royaume dont la monarchie était constitutionnelle. Il était l'espoir de tout un peuple en attente d'unification et de liberté.

 


 

Giuseppe Verdi était patriote avec des penchants républicains mais il ne participait pas ouvertement à la politique de son pays. C'est donc un peu malgré lui que son nom et son opéra sont devenus synonymes de patriotisme, d'unité et de résistance.

Retournons au 12 mars 2011

Ce soir là le chef d'orchestre qui dirige "Nabucco" n'est autre que Riccardo Muti, un géant parmi ses pairs. Le chef politique de l'Italie, Silvio Berlusconi est là, dans sa loge. L'opéra poursuit sa narration musicale jusqu'au cultissime choeur des esclaves qui entonne le chant de la liberté "Va pensiero". Un moment d'émotion submerge l'assistance qui applaudit à tout rompre à la fin du chant. Riccardo Muti comprend qu'il doit intervenir. Après quelques mots pesés, simples et directs, il décide de faire reprendre le chant de liberté par le choeur de l'opéra, qui est en attente sur scène, avec l'idée magnifique et révolutionnaire de faire participer les spectateurs à ce chant mythique qu'autrefois une nation morcellée avait pris comme symbole d'unité.

 

Retournons encore au 12 mars mais un peu plus tôt dans la soirée

Le maire de Rome, Gianni Alemanno, monta sur scène et prononça un petit discours qui dénonçait tout simplement les futures mesures économiques à l'encontre du ministère de la culture italienne à savoir; encore et toujours des coupes budgétaires. Gianni Alemanno pouvait imaginer la réaction des spectateurs au moment même de son intervention mais en revanche il n'avait certainement pas envisagé son impact jusqu'au chant "Va pensiero". C'était sans compter sur la portée symbolique et historique de la représentation et surtout de la présence de Silvio Berlusconi.

Riccardo Muti, raconte ce qu'il a ressenti à ce moment crucial de l'opéra:
 « Nous avons  commencé l’opéra, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant "Va Pensiero", j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue  dans le public. Au moment où les gens ont réalisé que le "Va Pensiero" allait démarrer, la salle s ’est remplie d’une ferveur viscérale car les  esclaves chantent alors: « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».

 

"Va pensiero"

Le choeur des esclaves chante la dernière note et on entend déjà dans le public : « Bis ! », «  Vive l’Italie ! », «Vive Verdi ! ».

Riccardo Muti ne savait pas s'il allait céder ou non à la demande énergique du public en accordant le « bis » du "Va pensiero". Puis, embarqué par cet élan patriotique spontané, comme si 150 années ne s'étaient pas écoulées depuis la première écoute de "Nabucco", le chef d’orchestre se retourna face au public et face à Silvio Berlusconi.

Un cri dans le public fusa net: "Longue vie à l'Italie !".

 

Alors Riccardo Muti ouvrit la bouche et dit:
"Oui, je suis d'accord avec  ça, "Longue vie à l'Italie" mais... Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma  vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai  honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande  de bis pour le "Va Pensiero". Ce n'est pas seulement pour la joie  patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je  dirigeais le Chœur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé  que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle  l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait  vraiment "*belle et perdue*."

Tout le monde applaudit y compris le choeur sur scène.

"Si vous le voulez bien, je vous  propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble."


Tout l’opéra de Rome se leva. Artistes et spectateurs chantèrent avec la même voix tandis que des larmes roulaient sur les joues.

150 ans après, un peuple trahi se souvenait encore du sentiment de l'oppression. Ce soir là, Silvio Berlusconi devint l'incarnation de ce mal dans son propre pays.

 

 

Voici la vidéo de ce moment unique.

 

 



20/09/2011
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