Chorale ZAP' L D'AIR

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Madame Magda Olivero: une soprano centenaire!



 
 Connaissez-vous
       Magda Olivero ?    

Pourtant cette dame a chanté toute sa vie durant sur des scènes d'opéras les rôles de Mimi, Flora Tosca, la Traviata, Adriana Lecouvreur, Fedora, Liù etc ...

   

Magda Olivero est considérée comme la plus grande chanteuse d'opéra de l'école du "verismo". Cette école est un peu désuète de nos jours car elle appuyait sur un jeu théâtral et exagéré des sentiments.

Magda Olivero est née en Italie, à Saluzzo, le 25 mars 1910 et est morte à Milan le 8 septembre 2014. C'est à dire à l'âge vénérable de 104 ans!

Ses professeurs lui trouvait une voix fluette. Malgré les critiques elle persévéra avec l'aide du maestro Luigi Gerussi qui connaissait l'art du chant des castrats. Elle fit ses début en 1932 à la radio de Turin dans un oratorio. Jusqu'à 1941 elle se produisit sur les scènes des opéras italiens  dans des rôles de sopranos légers. Sa voix perlée avait de solides bases pour résister et s'étoffer. Son professeur lui apprit l'art du messa-voce, technique des castrats qui consiste à retenir le son puis à l'enfler et enfin le retenir à nouveau. Cette technique demande un souffle et une maîtrise vocale impressionnants, des atouts respiratoires évidents pour une chanteuse qui les utilisera plus tard à merveille.


Magda Olivero se marie bourgeoisement en 1941 et entend arrêter sa carrière pour se consacrer à son couple. La guerre éclate. Elle restera auprès de son mari dont l'usine est retenue par Mussolini, contrainte à soutenir l'effort de guerre. Deux fausses couches arrêtent définitivement ses espoirs de maternité. Sa vie se passe calmement sans aucun désir de chanter à nouveau en public. Toutefois elle est rappelé par Cilea, le compositeur d' "Adriana Lecouvreur", qui la réclame pour interpréter Adriana, son héroïne, et pour laquelle il ne veut personne d'autre. Magda fléchira un an plus tard mais Cilea décèdera  2 mois avant la reprise de son opéra. "Adriana Lecouvreur" sera l'affaire de la vie de Magda Olivero. Cilea ressentait son héroïne exactement comme la soprano et pour le maestro elle incarnait véritablement son personnage.


Adrianna Lecouvreur

De 1951 et jusque dans les années 90, Magda Olivero a chanté régulièrement en Italie et pour le Concertgebouw d'Amsterdam pour lequel il existe des enregistrements. Elle eut également l'intelligence d'accepter des créations italiennes d'oeuvres modernes comme "Le dialogue des carmélites" de Poulenc, "Le chapeau de paille" de Nino Rota, "La voyante" de Sauguet, "La voix humaine" de Poulenc, "L'orféide" de Malipiero, "The medium" de Menotti etc... Elle a chanté "Médée" de Chérubini à Dallas aux USA en 1967. Elle revient aux États-Unis en 1975 pour triompher à New York au MET, à 65 ans, où elle chante le rôle de Tosca. Un parterre des plus grandes stars de l'opéra de l'époque l'applaudit à tout rompre pendant 20 minutes.

Au fil du temps, la voix de Magda Olivero s'est étoffée; ses aigus ont pris corps. Le vibrato de son timbre agace parfois et fait dire à certains que les notes chantées ne sont pas toutes belles à entendre, c'est possible si on conçoit le chant comme un art esthétique figé sans émotion. C'est justement là que diffère Magda Olivero des autres chanteuses car pour elle l'essentiel est d'exprimer les mots et les sentiments comme on vit sur une scène de théâtre. Son jeu passionné dramaturgique a compté pour elle autant que son chant. Tout comme Magda Olivero, Renata Tebaldi, s'appuyait aussi sur le verismo à la même époque. Mais on l'oublia bien vite pour s'attarder sur ses exigences de star et sa pseudo compétition avec La Callas, qui enflammait déjà médiatiquement le public à tort ou à raison.
Magda Olivero, petite bourgeoise sans histoire, n'attirait pas du tout l'intérêt de l'industrie du disque. Restée en retrait de tout remue-ménage journalistique et n'ayant que peu de goût pour l'exposition publique et les voyages hors de sa patrie, elle s'est tenue assez éloignée des grandes scènes lyriques internationales. Sa longue carrière  fut jalonnée par des partenaires masculins de choix qui ont été les plus grands chanteurs lyriques du 20°s (du plus vieux au plus jeune: Gigli, Corelli, Björling, del Monaco, Lauri-Volpi,  Pavarotti,  Domingo ...). Les gravures de disques ont été peu nombreuses mais les fans de Magda Olivero ont contourné le problème avec leurs enregistrements audio et vidéo lors de ses concerts ou de ses opéras. Du coup Leyla Gencer pourrait eut-être prétendre à lui ravir le titre de Reine de l'enregistrement pirate!


L'art de Magda Olivero est un art complet au service d'une histoire et d'un personnage, rien de plus et pourtant... quand le chant ne lui suffit plus pour exprimer un sentiment elle peut parler, gémir, chuchoter et pleurer mais toujours à bon escient et sans altérer la portée de sa voix. Chez Magda Olivero chaque mot a sa signification et sa couleur propre. Par exemple l'assassinat de Scarpia permet à Tosca/Magda de chanter comme personne ne l'a fait: en plongeant un couteau dans le coeur de Scarpia elle prend aussitôt conscience , et avec horreur, de son geste qu'elle exprime d'une voix parlée très pausée et grave dans un souffle de haine vengeresse et juste au dessus du cadavre de Scarpia: "Davanti a lui tutta Roma tremava" (Devant lui tout Rome tremblait). Tosca a tué telle une bête blessée pour sauver sa peau. Magda Olivero vivait véritalement ses personnages.

Magda Olivero a chanté jusqu'à ses 90 ans lors de concerts privés ou dans des églises. Sa voix de nonagénaire est une véritable surprise car elle a conservé miraculeusement ses aigus et sa force de chant. Pour contrecarrer ses graves qui ne tiendraient pas, Magda Olivero a l'intelligence de chanter-parler, ce qui donne encore plus de force à son interprétation complètement habitée (concerts ci-dessous).

 
Pour donner une idée de son caractère bien déterminé elle déclara qu'elle aimait peu les héroïnes passives mais qu'elle se damnerait pour chanter un seul air d'Otello dans l'opéra de Verdi.



Index des Vidéos

1/ Liu dans Turandot de Puccini - 1938
2/ Violetta dans la Traviata de Verdi - 1959
3/ Tosca dans Tosca de Puccini - 1960
4/ Adriana dans Adriana Lecouvreur de Cilea - 1959
5/ Adriana dans Adriane Lecouvreur de Cilea - 1993
6/ Manon dans Manon Lescaut de Puccini - 1993
Magda Olivero chante à 83 ans!
7/ Francesca dans Francesca da Rimini de Zandonai - 2009
Magda Olivero chante à 99 ans!
8/ Magda Olivero fête ses 100 ans au théâtre de Mantoue!
Durant l'entretien filmé elle raconte que l'opéra de Rio de Janeiro a conservé dans une vitrine le costume et la perruque de son rôle fétiche Adriana dans l'opéra "Adriana Lecouvreur" du compositeur Cilea. Puis elle décrit comment, en chantant le rôle de Mimi dans "La Fanciulla del West" du compositeur Puccini, elle s'effondra net sur la scène à la fin du 2° acte, prise d'une très vive émotion artistique après avoir chanté son air. La femme de Giangiacomo Guelfi (un bariton) se précipita tout de suite auprès d'elle, devant le public, la croyant soudainement malade. Magda Olivero raconte à nouveau ce que Di Stefano, le grand ténor italien, lui dit un jour Maria Callas, peu de temps avant sa mort. Elle était si frustrée de ne plus pouvoir chanter qu'elle lui dit en pleurs: "une seule personne au monde pourrait me sauver". Di Stefano demanda qui ? et la Callas répondit: "Magda Olivero".


14/11/2006
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