Chorale ZAP' L D'AIR

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Histoire d'une chanson: "Mon homme"


Paroles d'A. Willemetz et J. Charles - Musique de M. Yvain
- 1920 -


La chanson "Mon homme" fut créée par Mistinguett en 1920 pour la revue "Paris qui jazz" représentée la même année au casino de Paris. La gouaille de la Miss en fit rapidement un succès aussitôt repris par des vedettes françaises et internationales. Elle est chantée par les américains sous le titre de "My Man". Ce n'est pas une chanson maudite ni même inspirée par une muse, elle n'a pas d'histoire particulière sauf que ... par un biais à peine détourné elle raconte tout de même le destin étincelant comme du strass d'une petite femme de Paris qui est devenue une très grande vedette du music-hall français: Gaby Deslys.

Ce biais est un homme et son nom est Harry Pilcer.
Il figure sur la partition avec Mistinguett (voir plus haut).

           
Voici l'histoire de Gaby Deslys...

 

Née Marie-Élise Gabrielle Caire cette artiste marseillaise du music-hall français est connue sous le pseudonyme de Gaby Deslys (d'une pièce de théâtre "Gabrielle des Lys"). Dotée d'un physique agréable et d'une jolie silhouette, Gaby Deslys se fait connaître sur les scènes parisiennes vers 1900 et à la ville grâce à sa liaison tapageuse avec le roi du Portugal Manuel de Bragance. Très consciente de la possibilité d'une carrière internationale elle tente sa chance à New-York où elle fait partie d'une revue vantant les charmes de Paris. Ainsi elle devient très vite l'ambassadrice du bon goût français. Aidée par sa liaison royale, ses extravagances vestimentaires et ses nombreux animaux de compagnie, Gaby Deslys devient rapidement célèbre à New-York où elle nourrit avantageusement sa publicité qu'elle organise de main de maître. Elle passe par Londres où elle retrouve son soupirant couronné avec qui elle rompt définitivement puis revient à New-York. Elle y fait la rencontre de son futur partenaire de scène: Harry Pilcer.

   

Il est américain, il chante et danse. Le duo fait alors un malheur avec un numéro original, le "Gaby Glide": Deslys danse face au public avec Pilcer derrière elle, et tous deux glissent littéralement sur des planches.



 À New-York Deslys et Pilcer participent à des spectacles dont le show annuel du Grand Ziegfield. Peu après Gaby Deslys chante dans 2 revues en compagnie du fameux Al Jolson ("le chanteur de jazz"). Elle fait son retour à Paris en 1916 où la rumeur dit que le gouvernement français aurait fait appel à ses charmes pour jouer l'espionne en plein conflit mondial. Pilcer et Deslys rejoignent Londres où ils ont un engagement pour un spectacle. En 1917 ils sont à nouveau à Paris sur l'invitation du propriétaire et producteur du Casino de Paris pour danser dans une nouvelle revue en compagnie d'un orchestre de ragtime que dirige Murray, le frère de Harry Pilcer.


Gaby Deslys interprète 2 chansons.

En 1918, toute la troupe de la revue fuit Paris et ses bombardements pour Marseille, la ville natale de deslys, où le propriétaire du Casino de Paris a acheté un théâtre. Les représentations reprennent de plus belle. Deslys et Pilcer ont beaucoup de succès malgré les interventions intempestives d'un fervent admirateur de la danseuse: un lâcher d'une centaine de colombes dans la salle, la distribution de boîtes à bonbons à l'effigie de Deslys et de flacons de son parfum préféré! Habituée à la publicité américaine tonitruante la jeune femme est très amusée par ce trublion qui n'est autre que le petit-fils de Clémenceau. Cependant le propriétaire et producteur du théâtre estime que les représentations de la revue sont gênées par ce soupirant un peu trop démonstratif. Il s'en ouvre alors à Deslys mais la conversation tourne vite au vinaigre et se résume au renvoi pur et simple de Deslys et Pilcer. Qui croyez-vous que le producteur trouva comme remplaçants ? Mistinguett et Maurice chevalier!

   

Le duo retrouve vite Paris et joue dans 2 revues qui n'ont qu'un succès relatif. La capitale se lasse un peu de leur excentricité comme par exemple la publicité de leur spectacle avec un lancer de pièces d'or du haut d'un avion qui rasait les toits des habitations. Deslys et Pilcer se séparent. Elle, tourne des films et, lui, ouvre une salle de danse. Decembre 1919 Gaby Deslys est clouée au lit par une grippe persistante. Elle s'éteint en février 1920, à Paris, dans son hôtel particulier, des suites d'une pleurésie. Elle avait 38 ans. Son corps est transféré à Marseille où il est inhumé dans le cimetière Saint Pierre, juste à côté d'Edmond Rostand.

Rapidement sa famille doit faire face à des "parents" venus de Hongrie qui réclament l'héritage prétendant que Gaby Deslys était hongroise, née Hedvika Navrátilová. Or cette même
Hedvika Navrátilová, toujours vivante, déclara ne pas être Gaby Deslys. Une certaine ressemblance entre les 2 femmes avait poussé les hongrois à tenter leur chance mais Gaby Deslys est née française, à Marseille, et lègue d'ailleurs une partie de ses biens à sa ville natale. Aujourd'hui son héritage pose toujours problème à la famille estimant que la Mairie de Marseille n'a pas respecté son testament en acceptant le leg de la somptueuse Villa de la Corniche destinée à accueillir les enfants de la ville. Aujourd'hui c'est un centre d'hébergement pour des médecins de passage...



La même année que le décès de Gaby Deslys, en 1920, Harry Pilcer est sur scène dans une revue au Casino de Paris.  Ironie du sort il chante "Mon homme" avec sa nouvelle partenaire qui n'est autre que Mistinguett, la remplaçante de Gaby Deslys au Casino de Paris, et qui vient tout juste de se faire plaquer par son Momo, Maurice chevalier! Histoires de couples à la ville comme à la scène!

          

Gaby Deslys est la créatrice du style des revues telles que nous les admirons aujourd'hui. Elle fut la première à s'habiller de plumes et à porter des costumes extravagants empierrés pour briller de mille feux. Elle fut la première aussi à descendre un escalier, déjà lumineux à ses débuts, coiffée de gigantesques structures emplumées. Deslys développa également l'effeuillage ou le strip-tease qu'elle pratiqua très tôt sur scène. La semi-nudité est toujours l'originalité des "girls" d'aujourd'hui. Bref, Gaby Deslys est la première meneuse de revue de l'histoire du music-hall français.

  


   

Mistinguett adoptera ce style emplumé et spectaculaire des revues de Deslys. En 1933 l'actrice classique Cécile Sorel est meneuse de revue pour le Casino de Paris et d'une phrase, devenue mythique, elle immortalise la descente de l'escalier: "L'ai-je bien descendu ?". Les meneuses qui suivront comme Joséphine Baker ou Line Renaud respecteront les folies vestimentaires, les pauses et les attitudes hiératiques, et cette fameuse et indispensable descente de l'escalier dit Dorian.

  
Mistinguett

 

Joséphine Baker


Line Renaud


    

Vidéos de la chanson "Mon homme"

1/ Mistinguett - 1938 - Contrairement à ce qui a été écrit sur la vidéo cette version est la 2° enregistrée par Mistinguett et date de 1938.
2/ Fanny Brice - 1920 - Chanteuse et actrice américaine qui fut l'une des célèbres "Ziegfield Girl" des "Ziegfield Follies" de la Belle Époque. Son humour et son physique étrange l'ont placés dans le registre comique des revues. Fanny Brice reprit tout de suite après Mistinguett "Mon homme" (My man). Les paroles mélo-dramatiques anglaises lui inspirèrent une interprétation douloureuse qui sera une référence.
3/ Concha Piquer - 1920 - Chanteuse et actrice espagnole spécialiste de la "copla", un style de chansons écrites et composées par des auteurs et des compositeurs dans le style traditionnel de la musique populaire.
4/ Billie Holiday - années 1950 - Chanteuse noire indispensable à toute discothèque de jazz dont l'histoire personnelle est liée à sa carrière: misère des taudis pour vivre ou chanter, drogue pour survivre ou supporter le succès, amours violentes partagées ou solitude de star, victime du racisme ordinaire et icône du jazz américain, révoltée mais professionnelle jusqu'à la mort. Billie Holiday donne ici une grande leçon d'interprétation qui fait de cette petite chanson de music-hall un standard du jazz. Elle chante de façon désabusée, l'air calme et résigné comme pour nous dire "Je connais la chanson va! Même pas mal..."
5/ Milly - 1965 - Chanteuse italienne qui reprend la chanson en français sur le même ton gouailleur que Mistinguett.
6/ Barbra Streisand - 1965 - 1° concert télévisé intitulé "My name is Barbra" de la future star qui n'a que 22 ans. À noter que "My man" est la chanson phare de la comédie musicale "Funny girl" que jouait Barbra Streisand sur les planches à Broadway. Elle sera reprise en 1968 dans le film "Funny Girl" où la chanteuse interprète toujours le rôle titre basé sur le personnage de Fanny Brice.
7/ Mireille mathieu - Version TV étrangère.
8/ Diana Ross - 1979 - Extrait d'un concert où la reine de la soul évoque pudiquement ses déboires sentimentaux pour annoncer la chanson qui devient alors un exutoire lacrymale de haute volée autant qu'une brillante interprétation!!



18/11/2009
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