L'humour chez les choeurs européens
"Mozart avec nous" de Boris Vian.
L'Humour chez les chœurs européens

Extrait de EC Magazine 2/01,
revue éditée par Europa Cantat
Fédération Européenne des Jeunes Chorales
Les quatre voix et le c(h)oeur
Dans
tout choeur, il y a quatre registres vocaux: soprano, alto, ténor et
basse. Eux-mêmes sont parfois divisés en deux, ce qui conduit à des
plaisanteries continuelles au sujet des premières et deuxièmes basses.
On entend aussi d'autres appellations, comme baryton, contre-ténor,
contralto, mezzo-soprano, etc., mais elles sont plutôt réservées aux
solistes ou aux membres de groupes classiques a capella de niveau
exceptionnel (en particulier pour les contre-ténors). On les utilise
aussi pour celles et ceux qui veulent s'excuser de ne pas appartenir
vraiment à l'un des registres habituels... On n'en parlera donc pas
ici. Chaque registre chante dans une tessiture différente, et chacun a
sa propre personnalité.
On peut se demander
pourquoi le fait de chanter des notes différentes peut modifier le
comportement. Il est vrai que cette question mystérieuse n'a pas encore
fait l'objet d'études appropriées; cela s'explique par le fait que les
scientifiques qui étudient les musiciens sont probablement musiciens
eux-mêmes, avec tous les complexes associés aux ténors, cornistes,
timbaliers ou autres. Mais tel n'est pas notre propos. Il reste que les
quatre registres peuvent facilement être reconnus... et voici comment.
Les sopranos
Les
sopranos sont celles qui chantent le plus haut, ce qui leur fait croire
qu'elles dominent le monde. Elles ont des cheveux longs, des bijoux
fantaisie, et des jupes plus froufroutantes que les autres. Elles se
considèrent bafouées si on ne leur permet pas de monter au moins au fa
"d'en haut" dans n'importe quel mouvement de n'importe quelle oeuvre.
Lorsqu'elles y arrivent, elles tiennent les notes au moins une fois et
demie la durée requise par le compositeur et/ou le chef, puis elles se
plaignent que ça tue leur voix et que le compositeur et le chef sont
des sadiques. Bien qu'elles considèrent tous les autres registres comme
inférieurs au leur, elles ont des attitudes variées à l'égard de chacun
d'eux. Les altos sont aux sopranos ce que les seconds violons sont aux
premiers violons: c'est agréable harmonieusement, mais pas vraiment
nécessaire. Toute soprano pense intimement que l'on pourrait supprimer
les altos sans changer l'essence même de l'oeuvre, et elles ne
comprennent pas pourquoi il y a des gens pour chanter dans cette
tessiture - c'est si ennuyeux. En ce qui concerne les ténors, on aime
bien en voir autour de soi; en plus des possibilités de flirt (car il
est bien connu que les sopranos ne flirtent jamais avec les basses),
les sopranos aiment chanter les duos avec les ténors parce que, du haut
de leur stratosphère, elles aiment les voir travailler durement pour
arriver dans une tessiture qu'elles considèrent basse à moyenne. Quant
aux basses, ce sont les rejets de l'humanité - ils chantent beaucoup
trop fort, et toujours faux (comment peut-on chanter juste dans une
tessiture si basse), et, de toute façon, il doit y avoir un problème
avec ces gens qui chantent en clé de fa. Pourtant, bien qu'elles se
pâment à l'écoute des ténors, elles finissent quand même par rentrer à
la maison avec les basses.
Les altos
Les
altos sont le sel du monde, du moins le croient-elles. Ce sont des
personnes simples, qui porteraient des jeans au concert si on les y
autorisait. La position des altos est unique dans le choeur: elles ne
peuvent jamais se plaindre d'avoir à chanter trop haut ou trop bas, et
elles n'ignorent pas que tous les autres pupitres trouvent la partie
d'alto pitoyablement facile. Mais les altos savent qu'il n'en est rien
et que, lorsque les sopranos s'égosillent sur un la, elles doivent
chanter des passages compliqués, pleins de dièses et de bémols, avec
des rythmes impossibles, ce que personne ne remarque parce que les
sopranos chantent trop fort (ainsi que les basses, comme d'habitude).
Les altos se font un malin et secret plaisir à conspirer pour faire
baisser les sopranos. Elles ont une méfiance innée à l'égard des
ténors, car ils chantent presque dans la même tessiture qu'elles, mais
ils croient avouer un meilleur son. Les altos aiment les basses et
elles chantent volontiers en duo avec eux - de toute façon, le chant
des basses ne sonne que dans le grondement, et c'est le seul moment où
elles ont vraiment une chance de se faire entendre. Un autre sujet de
plainte des altos est qu'elles sont toujours trop nombreuses; elles ne
peuvent par conséquent jamais chanter vraiment fort.
Les ténors
Les
ténors sont des "enfants gâtés". Avec cela on a tout dit. Pour une
seule raison: il n'y en a jamais assez, et les chefs de choeurs
vendraient leur âme plutôt que de laisser partir un ténor médiocre ...
alors qu'ils seraient toujours préts à se défaire de quelques altos à
moindre prix. Et puis, pour quelque obscure raison, les quelques ténors
que l'on a sont toujours réellement bons - ça va de soi et c'est l'une
des causes d'ennui dans la vie. Du coup, il n'est pas étonnant que les
ténors aient toujours une grosse tête - après tout, sans eux, qui
pourrait causer la pamoison des sopranos ? La seule chose qui puisse
déstabiliser les ténors est l'accusation (venant en principe des
basses) que l'on ne peut pas être un vrai homme et chanter si haut. De
leur manière perverse habituelle, les ténors rejettent toujours ce
grief, tout en se plaignant plus fort encore que le compositeur est un
vrai sadique pour les faire chanter si haut. La relation des ténors
avec le chef est à mi-chemin entre amour et haine, car le chef leur dit
toujours de chanter plus fort ... parce qu'ils sont si peu nombreux.
Depuis que l'on écrit l'histoire, on n'a jamais vu un chef demander aux
ténors de chanter moins fort dans un passage forte. Les ténors se
sentent menacés d'une manière ou d'une autre par les autres pupitres -
par les sopranos, parce qu'elles peuvent atteindre ces notes
incroyablement hautes; par les altos, parce qu'elles n'ont aucun
problème pour chanter les notes qui sont si hautes pour eux; et par les
basses parce que, bien qu'ils soient incapables de chanter plus haut
qu'un mi, ils chantent suffisamment fort pour noyer les ténors.
Evidemment, les ténors préféreraient mourir que d'admettre une
quelconque de ces remarques. Ajoutons un fait peu connu: les ténors
bougent leurs sourcils plus que quiconque lorsqu'ils chantent.
Les basses
Les
basses chantent les notes les plus graves. Et ceci explique cela. Ce
sont des gens impassibles, dignes de confiance, plus barbus que les
autres. Les basses se sentent perpétuellement mal aimés, mais ils sont
eux-mêmes convaincus que ce sont eux qui ont la partie la plus
importante (un avis partagé par les musicologues, mais certes pas par
les sopranos ou les ténors) ... même s'il agit de la partie la plus
ennuyeuse de toutes, où ils chantent toujours la même note (ou à la
quinte) pour une page entière. Ils compensent cet ennui en chantant le
plus fort possible - la plupart des basses sont des joueurs de tuba
nés. Les basses sont le seul pupitre qui puisse se plaindre
régulièrement d'avoir à chanter si bas, et ils font d'horribles
grimaces lorsqu'ils essaient d'atteindre des notes très basses. Les
basses sont des gens charitables, mais leur charité n'est pas grande à
l'égard des ténors, qu'ils considèrent être des poseurs finis. L'une
des choses les pires pour les basses, c'est de chanter avec des ténors.
Les basses aiment les altos sauf lorsque c'est en duo et que les altos
ont la partie belle. Quant aux sopranos, elles sont simplement dans un
univers opposé que les basses jugent incompréhensible. Ils ne peuvent
pas imaginer, quand elles font des fautes, que l'on puisse chanter si
haut et si mal. Lorsqu'une basse se trompe, les trois autres voix le
couvrent, il peut alors poursuivre tranquillement son chemin en sachant
que, une fois ou l'autre, d'une manière ou d'une autre, il se
retrouvera dans la bonne tonalité.
Régles d'or de la musique d'ensemble
Ces règles édictées à l'origine pour les instrumentistes sont ici adaptées au chant choral.
- Chantez tous la même pièce.
- Arrêtez vous à chaque signe de reprise et discutez longuement pour savoir si on reprend ou non: l'auditoire aime beaucoup cela.
- Si tu fais une fausse note, jette un regard furieux vers l'un de tes partenaires.
- Prends ton temps pour tourner les pages.
- Une note juste au mauvais moment est une fausse note... (et vice versa).
- Si tous les autres se trompent sauf toi, suis ceux qui se trompent.
- Les
indications de nuances, de liaisons, d'ornements, ne doivent pas être
observées: elles ne sont là que pour embellir la partition.
- Si un passage est difficile, ralentis, s'il est facile, accélère: tout s'arrangera à la fin.
- Heureux ceux qui n'ont pas l'oreille absolue, car le royaume de la musique leur appartient.
- Si par ta faute l'ensemble a dû s'arrêter, explique en détail pourquoi tu t'es trompé: tout le monde sera très intéressé.
- Quand tous les autres ont fini, tu ne dois pas exécuter les notes qui te restent.
- Une fausse note jouée avec timidité est une fausse note. Une fausse note jouée avec autorité est une interprétation
Les règles suivantes sont plus spécifiques à la musique instrumentale
- Garde toujours ton tableau de doigtés à portée de la main. tu pourras toujours rattraper les autres.
- Accorde soigneusement ton instrument avant de jouer. Ainsi tu pourras jouer faux toute la soirée avec la conscience tranquille.
- Si tu es complètement perdu, arrête tout le monde et dis «Il me semble que nous devrions nous accorder.»
- Veille à obtenir le plus de NPS (notes par seconde). Tu gagneras ainsi la considération des incompétents.
Blagues diverses
Puisque
les chœurs ont souvent l'occasion d'être accompagnés d'un orchestre,
voici quelques petites choses à savoir sur les intruments de l'orchestre
- Question: Comment appelle-t-on un pupitre de violons bien accordé?
- Réponse: Une pure coïncidence.
- Question: Quelle est la différence entre un violon et un trampoline?
- Réponse: On enlève ses chaussures pour sauter sur un trampoline.
- Question: Quelle est la différence entre un violon et un violoncelle?
- Réponse: Le violoncelle met plus de temps à brûler.
- Question: Pourquoi ne faut-il jamais serrer la main d'un corniste?
- Réponse:
Si sa main est humide, ce n'est pas parce qu'elle est moite, c'est à
cause de la salive qui coule de l'embouchure de son instrument où il a
constamment la main.
Source: http://www.choeurjussieu.org/cuj/humour.html
Article ajouté le 2006-07-04 , consulté 27 foisCommentaires
Catherine le 07/07/2006 à 01:48:09
Bravo !!! J'adore tout et surtout l'article sur l'Humour chez les Choeurs Européens... c'est tellement vrai !!!! En plus, on est tellement belles les filles quand on chante !
Merci pour ce blog génialissime ! Bisous à toutes et tous mes soeurs et frères choristes que je retrouverai avec grande joie à la rentrée prochaine !
ginette le 28/07/2006 à 12:15:03
je suis tout à fait de l'avis de Catherine, c'est un vrai régal d'aller sur ce blog... qui s'enrichit de jour en jour.... et cela permet de garder le lien entre nous tous et toutes, en attendant le 21 septembre prochain.
J'écoute en attendant les 100 plus beaux morceaux de Mozart avec des voix de soprano extraordinaires et je me suis mise à écouter une voix d'alto superbe : Kathleen FERRIER dans le chant de la terre de Malher ; dans un autre registre je suis tombée sur une perle de musique celtique "SOLAS" et je prends le temps de redécouvrir les airs classiques de TRI YANN
Bel été à ceux qui sont restés à Massy
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